En France, les consultations de médecins sont remboursées en partie par l’assurance maladie. La Caisse Nationale d’Assurance Maladie (CNAMTS) propose aux médecins qui le souhaitent de signer une convention depuis 1971. Cette convention fixe un tarif opposable aux médecins qui la signent, et seul ce tarif sera remboursé par l’assurance maladie.
Lorsqu’un médecin signe cette convention, il s’engage en principe à ne facturer au patient que le montant remboursé par l’assurance maladie. Le tarif opposable est actuellement fixé à 22€ pour un médecin généraliste. Le médecin conventionné pourra cependant pratiquer des dépassements d’honoraires (voir infra).
Les médecins qui ne souhaitent pas signer cette convention sont libres de fixer leurs honoraires. Seule une partie du tarif sera remboursée au patient, cette partie étant fixée par l’assurance maladie en dessous du tarif opposable.
La convention médicale prévoit cependant des cas où les médecins peuvent fixer un tarif plus élevé que le tarif opposable, la différence n’étant pas remboursée à l’assuré par l’Assurance maladie. Cette pratique du dépassement d’honoraires varie selon que le médecin est en secteur 1 ou en secteur 2 : les dépassements seront ainsi autorisés de façon occasionnelle ou de façon permanente. Dans tous les cas, les médecins doivent, selon le code de déontologie, fixer le montant de leurs honoraires avec « tact et mesure ».
Les possibilités occasionnelles de dépassement des tarifs opposables Les médecins conventionnés avec l’assurance maladie en secteur 1 ne disposent que de possibilités occasionnelles de dépasser le tarif opposable de l’assurance maladie. Cette possibilité est ouverte dans deux cas : le dépassement occasionnel pour exigence du malade (DE) et depuis 2005 le dépassement autorisé (DA).
Les possibilités permanentes de dépassement des tarifs opposables
Il existe deux cas pour lesquels le médecin conventionné peut pratiquer des dépassements d’honoraires de façon permanente : s’il est titulaire d’un droit permanent à dépassement (DP) ou s’il est autorisé à pratiquer des « honoraires différents » (c’est le médecin dit conventionné secteur 2).
Le médecin est toujours libre de signer ou non la convention avec l’assurance maladie. Lorsqu’il choisit de ne pas signer cette convention, il bénéficiera d’une totale liberté dans la fixation de ses honoraires. Le patient ne sera remboursé que d’une part de la consultation, part qui sera toujours inférieure au tarif opposable fixé dans la convention.
Par exemple : un patient qui va voir un médecin généraliste non conventionné pourra payer une consultation 40€ : l’assurance maladie ne lui remboursera que 15€. Un patient qui va voir un médecin généraliste conventionné secteur 2 pourra payer sa consultation 40€, mais l’assurance maladie lui remboursera le montant du tarif opposable, soit 22€.
Dans tous les cas, que le médecin soit conventionné ou pas, la pratique du dépassement d’honoraires doit se faire avec « tact et mesure » (Code de déontologie médicale).
Depuis le 14 octobre 2008, un arrêté impose aux médecins et aux professionnels de santé une information écrite et préalable à remettre au patient dès lors que les « honoraires totaux des actes et prestations facturés sont supérieurs ou égaux à 70 euros ». Cette mesure devrait permettre de limiter les dépassements d'honoraires abusifs.
Les dépassements d’honoraires ne sont jamais pris en charge par l’assurance maladie. Ils sont pris en charge directement par le patient, ou, le cas échéant, par son assurance complémentaire.
Selon un rapport de l’Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS) publié en avril 2007(1), les contrats proposés par les complémentaires qui couvrent l’intégralité des dépassements sont minoritaires. Selon ce même rapport, lorsque les dépassements excèdent de 50% les tarifs opposables, « il est probable que la majorité de la population n’est pas couverte ». Enfin, l’IGAS estime qu’« appréciée globalement, cette prise en charge [par les complémentaires] n’atteint environ qu’un tiers des dépassements facturés ».
La mission de l’IGAS conclut donc que les dépassements constituent « l’essentiel de ce qui reste à la charge du patient après l’intervention des organismes complémentaires ».
La pratique des dépassements d’honoraires est en constante progression depuis le début des années 90 (voir graphique ci-dessous).

Pour l’ensemble des médecins (omnipraticiens et spécialistes), la croissance des dépassements d’honoraires s’est ralentie depuis 2004. En effet, selon une communication de l’assurance maladie du 5 juin 2008 , la croissance de ces dépassements est de 3,4% par an entre 2004 et 2006, contre 9,5% entre 2000 et 2004.
Selon la CNAMTS, les médecins ont perçu 19,3 milliards d’€ d’honoraires en 2006, dont 1,75 milliards d’€ au titre de la pratique du dépassement d’honoraires. En moyenne, un médecin a perçu 175 000€ d’honoraires en 2006, dont 18 500€ de dépassements. Enfin, selon l’assurance maladie, les dépassements d’honoraires représentent plus de 12% du total des honoraires des médecins en 2008.
Il existe de fortes disparités entre les régions dans la pratique des dépassements d’honoraires. En effet, selon le même rapport de l’IGAS, le taux moyen de dépassement des médecins en secteur 2 varie du simple au double : alors qu’il avoisine 25% en Poitou-Charentes, Limousin et Bretagne (régions où les effectifs de médecins en secteur 2 sont faibles), il atteint 43% dans le Pas-de-Calais et en région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA), et va même jusque 63% en Ile-de-France. Les disparités géographiques se retrouvent également dans les établissements de santé, publics ou privés (voir carte ci-dessous).

Les disparités dans la pratique des dépassements d’honoraires existent également entre les spécialités. Ainsi, si le taux de dépassement d’honoraires reste relativement stable chez les omnipraticiens (43% en 2004 contre 41% en 1990), il connaît une forte augmentation chez les spécialistes (47% en 2004 contre 25% en 1990).(Voir tableau ci-dessous)

De même, la part des médecins généralistes conventionnés secteur 2 est en baisse depuis 1995, alors que la part des spécialistes conventionnés secteur 2 reste stable (voir tableau ci-dessous).

L’IGAS propose quatre scénarios alternatifs d’évolution de la pratique des dépassements d’honoraires par les médecins.
Sources :
(1) http://www.sante.gouv.fr/htm/actu/depassements_honoraires/rapport.pdf
(2) http://www.ameli.fr/fileadmin/user_upload/documents/DP_honoraires_2006_def.pdf





