Citoyenneté et Santé : le regard des Français (Avril 2008)
Méthodologie
Ce document présente les résultats d'une étude réalisée par l'Ifop. Elle respecte fidèlement les principes scientifiques et déontologiques de l'enquête par sondage. Les enseignements qu'elle indique reflètent un état de l'opinion à l'instant de sa réalisation et non pas une prédiction.
Aucune publication totale ou partielle ne peut être faite sans l'accord exprès de l'Ifop.
Etude réalisée par l'Ifop pour : |
GSK |
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| Echantillon |
Echantillon de 1009 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.
La représentativité de l'échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de famille) après stratification par région et catégorie d'agglomération. |
| Mode de recueil |
Les interviews ont eu lieu par questionnaire auto-administré en ligne. |
| Dates de terrain |
Du 26 au 28 mars 2008 |
Principaux enseignements
1. Un intérêt marqué pour les questions de santé mais de fortes inégalités en matière d'information
- Avec 39% de citations, les questions de santé se classent en troisième position des sujets qui préoccupent le plus les personnes interrogées. Dans un contexte marqué par les difficultés financières ressenties par les Français et par leur polarisation sur le pouvoir d'achat, la croissance économique vient en tête des préoccupations des interviewés, avec 60% des citations, devant l'écologie et le développement durable (43%), sujet sur lequel les Français portent un intérêt croissant. Les questions liées à l'éducation et à la sécurité, jugées moins préoccupantes (respectivement 30% et 28%), sont reléguées en fin de classement.
L'analyse des résultats dans les différentes catégories de population fait ressortir des écarts dans l'importance accordée aux différents enjeux actuels. Ainsi l'écologie et le développement durable préoccupent davantage les 18-34 ans (47%), alors qu'à l'inverse l'intérêt accordé aux questions de santé croît fortement avec l'âge. Cette attention particulière se remarque également chez les femmes (41% contre 37% chez les hommes), dans les populations retraitées (45%) et ouvrières (43%) et logiquement chez les personnes se sentant très bien informées sur le système de santé (45%).

Le sujet le plus préoccupant


- Cet intérêt pour les questions de santé permet d'expliquer le fort niveau d'information ressenti par les Français en ce qui concerne le système de santé, une majorité des personnes interrogées se disant bien informées à ce sujet (58%). Pour autant, si ce niveau d'information est élevé, la proportion de personnes se déclarant très bien informées se limite à 6% de l'échantillon.
Le niveau d'information personnel sur le système de santé
Le sentiment d'information ne s'avère pas nécessairement plus élevé dans les populations qui avaient montré le plus fort intérêt envers les questions de santé. Ainsi, si ce sentiment croît également avec l'âge (41% chez les 18-24 ans contre 75% chez les 65 ans et plus), les femmes (57%) ne semblent pas mieux informées que les hommes. Les ouvriers, avec les employés et les inactifs, se distinguent par un niveau d'information largement en dessous de la moyenne (respectivement 46%, 45% et 44% contre 60% chez les cadres et professions libérales).

Niveau de préoccupation à l'égard des questions de santé
et sentiment d'information sur le système de santé suivant l'âge des interviewés


2. Des comportements citoyens qui devraient se faire en amont de la consommation de soins par souci de la collectivité et de la sauvegarde du système de santé
- Alors qu'elles montrent une forte préoccupation en ce qui concerne les questions de santé, les personnes interrogées font état d'un jugement sévère sur le comportement de leurs semblables par rapport au système de santé. 73% des interviewés affirment en effet que la plupart des patients se comportent comme des consommateurs de soins pensant avant tout à leur santé et à celle de leurs proches sans prendre en compte le coût des soins pour la collectivité. A l'inverse, 27% mettent en avant le caractère avisé et soucieux de leurs concitoyens vis-à-vis de la collectivité et de la sauvegarde du système de santé.
Parmi les catégories de population les plus sévères concernant le niveau de citoyenneté, on retrouve les personnes âgées de moins de 35 ans (83%) et surtout les personnes se sentant très bien informées sur le système de santé (85%).
Les catégories de population jugeant le plus fortement les Français
comme des consommateurs pensant avant tout à leur santé


- Selon les personnes interrogées, un comportement citoyen en matière de santé se caractérise avant tout par une action en amont de la consommation de soins : l'adaptation de ses pratiques quotidiennes pour rester en bonne santé comme par exemple manger plus équilibré, faire du sport ou bien dormir (65% de citations) mais également éviter les comportements à risques (tabac, alcool,.) afin d'éviter les maladies graves (44%). Mais se comporter en citoyen, c'est également faire évoluer son comportement face aux médecins, que ce soit en faisant confiance aux médecins et aux pharmaciens et en respectant leurs prescriptions et leurs recommandations (40%) ou en réduisant sa consommation médicale en n'allant voir le médecin que si c'est vraiment nécessaire ou en ayant recours à l'automédication (39%).
Le fait de s'informer sur le système de santé et d'informer ses proches n'est cité que par une proportion marginale des personnes interrogées (9%). L'investissement dans des associations de patients est encore moins considéré comme un comportement citoyen (3%).
Si toutes les catégories de population reconnaissent la nécessité d'adapter son comportement comme la pierre d'angle du comportement citoyen en matière de santé, les jugements concernant les autres caractéristiques du comportement évoluent fortement, notamment en fonction de l'âge des interviewés : les moins de 35 ans accordent ainsi autant d'importance à la réduction de la consommation médicale (44%) qu'à l'évolution des comportements face aux risques (44%), alors que les plus de 65 ans soulignent les efforts à fournir afin d'éviter les comportements à risque (51%) mais citent moins largement la réduction de consommation médicale (32%).
La définition d'un comportement citoyens en matière de santé
selon l'âge des répondants
Notons par ailleurs que les cadres et professions libérales attachent encore plus que la moyenne des répondants de l'importance à l'adaptation des habitudes quotidiennes (69% contre 63% en moyenne et 56% chez les ouvriers).

3. Une forte volonté de participation citoyenne aux débats sur l'avenir du système de santé et de prise en compte des opinions des citoyens
- Une majorité des interviewés estime qu'aujourd'hui les débats concernant l'avenir du système de santé sont ouverts à tous (59%). Ce jugement est majoritaire dans l'ensemble des catégories de population, en dépit de variations. Ainsi, les personnes les plus fortement convaincues de la possibilité pour tout le monde de participer au débat sont les plus de 35 ans (60%), les ouvriers (67%), les ruraux (63%) et surtout les personnes se sentant très bien informées sur le système de santé (68%).
Le degrès d'ouverture du débat
sur le système de santé |
Le souhait concernant la place des citoyens dans les débats sur le système de santé |

- Ce constat va d'ailleurs dans le sens des désirs exprimés par les personnes interrogées. 70% d'entre elles affirment en effet que les citoyens doivent pouvoir participer directement aux débats. Une proportion non négligeable de la population (30%) se situe cependant dans une posture nettement plus délégataire et souhaite voir les débats sur le système de santé réservé aux experts. L'intensité de ce souhait varie peu selon les différentes catégories de population interrogée.
- Les personnes interrogées expliquent leur volonté de voir les citoyens impliqués au débat, avant toute chose pour favoriser l'aspect pragmatique du débat (48%), car les citoyens sont plus concernés (32%) et plus ancrés dans la réalité (10%). Ils mettent également fortement en exergue le caractère démocratique de l'implication des citoyens dans le débat (39%), et soulignent, de façon plus restreinte, la possibilité, par le biais du débat, d'éduquer les citoyens aux enjeux de la santé (14%).
Cette vision des débats fait ressortir une divergence de point de vue marquée entre les hommes qui font davantage émerger une volonté de démocratisation des débats (43%) et les femmes qui justifient l'intervention des citoyens dans les débats par le caractère pragmatique de leur intervention (52%). On retrouve également une forte différence entre les personnes se sentant bien informées qui affirment plus généralement que les citoyens vont favoriser une approche pragmatique dans les débats (51%) et celles se sentant mal informées qui veulent privilégier l'aspect démocratique (41%). Enfin, les plus âgés (22%) et les personnes bien informées (30%) font également davantage ressortir le caractère éducatif de l'implication des citoyens dans les débats.
A l'inverse, les raisons exposées pour réserver les débats aux experts sont principalement liées aux compétences que peuvent apporter et mobiliser les experts dans le débat. Ces derniers peuvent ainsi utiliser des compétences qu'un citoyen n'a pas (40%) et une connaissance particulière liée à leur activité professionnelle qui justifie leur responsabilité d'être au cour du débat (31%). Emergent également d'autres raisons comme le manque de vision d'ensemble des citoyens (13%) et le risque de voir le débat partir dans tous les sens (8%).

- Dans le cadre des débats engagés sur l'avenir du système de santé, deux acteurs apparaissent particulièrement légitimes aux yeux des Français pour relayer la parole des citoyens : les professionnels de la santé libéraux (56% de citations) et les associations de patients (51%). Les professionnels de la santé hospitaliers viennent ensuite avec 39% de citations. Quatre groupes d'acteurs semblent avoir une moindre importance dans l'état d'esprit des Français : l'assurance maladie (24%), les mutuelles et les assurances complémentaires (24%), les médias spécialisés (22%) et les pharmaciens (21%). Enfin, les citoyens se montrent moins enclins à confier leur parole aux élus (15%) et aux laboratoires pharmaceutiques (3%). L'analyse par sous-populations met en évidence les décalages de jugements entre les moins de 35 ans et leurs aînés. Les 18-34 ans citent davantage les différents professionnels de santé auxquels ils peuvent avoir à faire : les professionnels libéraux (61%), les professionnels hospitaliers (43%), et les pharmaciens (33%), à l'inverse de leurs aînés qui souhaitent plus fortement voir leur parole portées par des corps intermédiaires comme les associations de patients (53%) ainsi que les mutuelles et les assurances complémentaires (28%).

- Enfin, les personnes interrogées s'accordent à penser que les grandes consultations par questionnaire constituent la meilleure solution pour permettre aux citoyens d'exprimer directement leur opinion dans les débats sur l'avenir du système de santé (53% des citations). Ils se montrent également favorables à la mise en place de panels citoyens ayant pour objectif la rédaction de recommandations (22%). Des solutions plus institutionnelles telles que l'organisation de référendums (14%), et surtout le recours à la pétition (2%) constituent en revanche à leurs yeux de moins bons outils. Enfin, ils n'accordent peu de crédit aux forums sur Internet (9%).
La meilleure solution pour l'expression des citoyens
dans les débats sur le système de santé
Si les jugements sont plutôt uniformes sur l'ensemble de la population, on peut déceler quelques écarts, notamment concernant la création de panels de citoyens, qui séduisent plus fortement les hommes (25%), les 35 ans et plus (23%), les professions libérales et les cadres (28%).

4. Conclusion
Cette étude menée par l'Ifop pour GSK met en évidence les fortes préoccupations des Français concernant les questions de santé. Cette préoccupation s'exprime à travers un haut niveau d'information au sujet du système de santé, une prise de conscience des évolutions comportementales nécessaires à la préservation de ce système et une forte volonté d'implication dans les débats publics.
Les perceptions des Français concernant l'avenir du système de santé font ressortir un clivage générationnel marqué. Les moins de 35 ans et leurs aînés expriment en effet des avis divergents concernant les comportements à avoir, mais également au sujet de l'implication dans le débat et des acteurs les plus à mêmes de porter la parole des citoyens ; les plus jeunes font largement plus confiance aux professionnels de la santé alors que les plus anciens souhaitent davantage l'implication des corps intermédiaires tels que les associations ou les mutuelles.
Il ressort également de cette enquête que le rapprochement des thématiques de la citoyenneté et de la santé a un sens aux yeux des Français. Leur participation directe aux débats sur l'avenir du système de santé leur paraît une nécessité. C'est avant tout par pragmatisme (les citoyens sont les premiers concernés) et par souci de démocratie (tout le monde doit pouvoir participer) que les Français sont enclins à cette volonté de participation directe. Mais leur première implication citoyenne réside dans l'adaptation de leurs pratiques quotidiennes. D'autres enquêtes montrent à quel point il existe un décalage entre les aspirations des Français en la matière et la réalité de leurs comportements.
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