Le 1er février dernier est entré en vigueur le décret du 16 novembre 2006 interdisant la cigarette des lieux publics fermés. Il est désormais interdit de fumer dans les entreprises, établissements scolaires, administrations, commerces, établissements de santé, gares, aéroports, salles de sport ou de spectacle, comme dans les moyens de transports collectifs.
Au moment même où nous apprenons que la Confédération des débitants de tabac entame un recours contre ce décret devant le Conseil d'Etat, dans l'espoir de le voir annuler, nous ne pouvons que nous réjouir de cette nouvelle tentative de protection de la santé des non fumeurs et ce d'autant plus qu'une nouvelle étude montre que le pourcentage de fumeurs dans la population française a cessé de diminuer depuis 2006, surtout chez les jeunes. L'enquête réalisée par l'INPES à l'automne 2006 fait état d'un taux de 31,8% de personnes se déclarant fumeurs (occasionnels ou réguliers) chez les 15-75 ans, contre 31,2% en 2004, 30,4% en 2003 et 34,5% en 1999. L'effet augmentation des prix du tabac semble ainsi s'essoufler. D'où la nécessité impérative de nouvelles mesures.
Par ce décret, il ne s'agit pas tant d'interdire aux fumeurs de fumer, mais, et c'est un objectif bien plus modeste et justifié, de protéger les non fumeurs des fumées nocives émanant de fumeurs indélicats. La loi Evin de 1991 poursuivait ce même but. Néanmoins, mal appliquée et peu contrôlée, elle n'a pas atteint ses objectifs. Tout repose en effet sur l'efficacité des mesures de contrôle et de sanction prévues.
Aussi, osons espérer que, cette fois-ci avec le changement d'état d'esprit indéniable tant des fumeurs que des non fumeurs qui se sentent désormais davantage soutenus, la mesure soit un succès.
Et ce pour deux raisons :
Tout d'abord, le gouvernement a aussi prévu cette fois-ci, et beaucoup oublient cet aspect de la mesure alors que c'est une véritable nouveauté, un volet "Incitation" par la mise en place d'un forfait de 50 euros annuel par personne d'aide à l'arrêt du tabac en plus de l'augmentation conséquente des consultations tabacologiques.
Par ailleurs, s'il s'agit bien de prévention, le volet "dissuasion" a été aussi renforcé, avec la possibilité désormais pour 175 000 agents de contrôle de dresser des PV.
Précisons que si les "coins fumeurs" sont désormais hors la loi, les entreprises -- mais pas les hôpitaux ni les écoles -- peuvent aménager des "fumoirs", "salles closes" aux conditions de mise en place et de fonctionnement particulièrement dissuasives. Les fumeurs peuvent encore se retrouver dans les cafés, restaurants, casinos et discothèques qui ont obtenu un sursis d'un an avant de se conformer à la nouvelle législation.
La nécessité de protéger les non fumeurs du tabagisme passif est désormais entrée dans les esprits, surtout avec la diffusion récente d'études démontrant que chaque année, 5 000 personnes non fumeurs décèdent en France victimes du tabagisme passif.
Preuve s'il en était de ce changement d'état d'esprit, la ligne Tabac Info Service, destinée à répondre à toute question sur le décret ou sur les méthodes de sevrage, le 0.825.309.310 (0,15 euro par minute, de 8H00 à 20H00 du lundi au samedi), enregistre depuis la semaine dernière plus de 1 000 appels par jour, contre une centaine auparavant. Par exemple, un an après l'interdiction de fumer en Irlande, 98% des Irlandais considéraient cette interdiction comme un succès. En Italie, 90% des Italiens se déclarent désormais opposés à un retour en arrière!
Parions que, finalement et malgré quelques grincheux et quelques difficultés initiales de mise en oeuvre, tout se passera sans trop de heurts, à l'instar de ce que l'on a pu constater chez nos voisins européens qui ont adopté des mesures identiques voire plus sévères.
