Conférences des citoyens 2006 :
« Le progrès thérapeutique à quel prix ? »
(28 juin 2006)

A l'issue des échanges entre citoyens et experts, lors de formations, mais aussi lors d'un débat le 17 juin, le panel de citoyens recruté par l'IFOP, présente ce mercredi 28 juin sa charte de recommandations sur le thème : « Le progrès thérapeutique à quel prix ? ».
Ce vaste débat recoupait de nombreux enjeux. Quelles ressources pour financer la recherche thérapeutique ? Doit on établir des priorités en termes de cibles de population ou de maladie à traiter ? Les raisons économiques doivent elles intervenir dans le débat éthique ? Des enjeux rendus encore plus saillants dans un contexte de régulation des dépenses et de vieillissement démographique.
Afin de tendre vers cette charte de recommandations, fruit d'une réflexion commune, les citoyens ont dégagé des points de consensus orientés autour de trois grands thèmes : recherche fondamentale, recherche clinique et prix du médicament.
La complémentarité des différents types de recherche, la nécessité d'augmenter la productivité de la recherche clinique et d'ajuster le prix du médicament à l'innovation constituent ainsi le cour de leurs recommandations.
Voici, en bref, leurs principales recommandations :
-
Recherche académique : pour un partenariat public/privé plus efficace
Les citoyens pensent que le développement de passerelles et de partenariats entre la recherche fondamentale et la recherche clinique des laboratoires pharmaceutiques est nécessaire pour favoriser les innovations. A terme, ils jugent opportun la mise en place d'une structure publique de recherche clinique.
D'autre part, il leur semble important de valoriser le travail des chercheurs en les intéressant financièrement aux résultats de recherche, afin de juguler la fuite des cerveaux.
Ils estiment nécessaire de développer le savoir fondamental, ce qui permettrait de mieux orienter et de stimuler la recherche effectuée par l'industrie pharmaceutique. Ils souhaitent dans ce cadre une forte augmentation du budget de la recherche académique et fondamentale afin d'atteindre rapidement l'objectif européen de 3% du PIB consacré à la recherche et au développement.
- Recherche clinique : optimiser la productivité de la recherche clinique
Les citoyens constatent que la rentabilité des laboratoires pharmaceutiques est l'une des conditions nécessaires à l'existence et au développement de la recherche privée. Les citoyens constatent une baisse de la productivité de la recherche clinique et un recul des véritables innovations médicamenteuses.
Les citoyens pensent qu'il faudrait mieux équilibrer les budgets de « Recherche & Développement » et les dépenses de marketing des laboratoires pharmaceutiques.
La « visite médicale » organisée par les laboratoires doit conserver un rôle informatif et non pas promotionnel, source d'inflation des dépenses. Ils souhaitent « rentabiliser » les maladies orphelines avec la mise en place d'un système de co-financement public-privé. Pour les molécules « criblées » qui ne débouchent pas sur la création d'un médicament, les citoyens sont favorables à ce que la banque de molécules non utilisée soit accessible à tous les chercheurs. L'application du principe de précaution ne doit pas allonger exagérément les phases de recherche clinique et par conséquent leur coût.
- Prix du médicament : pour financer l'innovation
La préoccupation des citoyens pour le prix du médicament est légitimée par la prise en charge par la collectivité de la dépense en matière de médicaments. L'amélioration de la productivité de la recherche clinique devrait entraîner une baisse du prix du médicament qui devrait être réajusté en fonction de l'innovation, de l'efficacité du médicament et du volume de distribution.
Les citoyens envisagent d'allonger le temps d'exploitation des médicaments en rationalisant et en réduisant la durée des essais cliniques, à condition de ne pas mettre en péril la sécurité du patient.
Les médicaments génériques sont un moyen efficace de réduction du coût des médicaments. Les citoyens pensent que les médecins sont insuffisamment formés et informés.
Les citoyens ne sont pas favorables à une augmentation des cotisations sociales pour financer les innovations, mais veulent plus d'informations et de transparence sur les dépenses, les revenus (cotisation, taxes, impôt.) et la gestion de l'Assurance Maladie.

Vos commentaire

Comme toujours il y a une distance entre les intentions et les actes.
Pour ce qui est de la recherche, je me souviens de mes années au fond d'un laboratoire de virologie public en train de préparer ma thèse: solitude et surtout manque de vision élargie sur les moyens à mettre en oeuvre et les prolongements éventuels. Je travallais à l'époque sur la neuraminidase des souches grippales et leur variabilité sous l'égide de quelqu'un de formidable pour qui je garde toujours beaucoup d'admiration. Je n'ai pas pu prolonger mes travaux. Quelques années plus tard une big pharma trouve aussi l'idée intéressante et décide de mettre au point un produit qui va faire un blockbuster (un vrai car il y en a encore). Par la suite au cours de mon internat et d'une préparation d'un DESS, j'ai proposé, et travaillé seul sur l'idée de développement d'un test rapide d'identification de souches gastropathogènes dont le développement serait bien utile...Seul un industriel du contrôle alimentaire a accepté de m'aider un peu.
Il y a prescription et je ne suis pas amer. Je pense en effet qu'il serait utile de faire rentrer le privé dans le public et inversement. C'est en train de se faire mais il y encore beaucoup de chemin (cf INSERM). Et le plus tôt cette réflexion sera engagée sur les bancs des universités ou écoles, le mieux cela sera. Par exemple, à quand les trainees programs à l'américaine ou à l'allemande? Nous développons toujours une admiration par rapport au système anglo-saxon. Nous pourrions nous en inspirer un peu.
Pour ce qui est de la recherche clinique, quelques années passées de marketing pharmaceutique et d'économie de santé aidant (qui favorise la curiosité et l'observation aussi), je me permets de rappeler quelques faits qui démontrent que nous sommes exactement à l'image de la représentation que les étrangers font des français : pas très simples. Pros et cons :
- les pourcentages de dépenses promotionnelles sont à peu près les mêmes que celles de la R&D soit 12%.
- une entreprise pharmaceutique est soumise aux lois de l'économie comme toute entreprise. Qui va se plaindre en France du coût des automobiles qui est un des produits qui aura le mieux résisté à la baisse des prix sur 20 ans ?
- politiquement, l'industrie de médicament est une vache à lait intéressante : taxes sur la promotion, campagne de justification des dépenses de santé pour ce qui représente moins de 20% des consommations des ressources, ...
- nous voulons effectivement un maximum de précautions, prêts à tout remettre en question mais à tout attendre en termes de bénéfices; un ratio coût-bénéfice idéal et non par optimal comme diraient les économistes. Je pense notamment à la campagne de vaccination Hépatite B, à l'interruption de la prévention de l'ostéoporose, etc...
- pour autant, au sein d'un laboratoire allemand international, j'ai vu sacrifier des développements au nom des taux de marge opérationnelle, sur notamment un produit ayant fait ses preuves d'efficacité et de tolérance.
- pour autant les exemples du Viox ou de la sparfloxacine(Zagam)laissent penser aussi que la pharmaco-vigilance au cours des essais doit savoir résister à la pression du time-to-market.
La solution se trouve peut être dans encore plus de communication ou de transparence.
Enfin, en ce qui concerne le prix du médicament, la quadrature du cercle est achevée. Le Leem a encore beucoup d'efforts à faire pour expliquer. Pourquoi ne pas faire un deal avec les autorités pour informer le grand public des leviers utilisés par le Comité des prix (CEPS) pour fixer les prix et redevances multiples et les enjeux de l'industrie pharmaceutique? Et je rejoins le commentaire précédent : les citoyens le demandent.
Postée par Avenir de la Santé | juin 06 2005
