Différentes études montrent que les Français consultent facilement leur médecin et que la délivrance d'une consultation est quasi-systématique lors de ces visites. Consomme t'on vraiment trop de médicaments ?
Le numéro de février 2006 du magazine « Pharmaceutiques »
http://www.pharmaceutiques.com/consacre un dossier à cette question et livre quelques pistes de réflexion.
Même si l'on commence à percevoir une évolution, la France reste la championne européenne de la consommation de médicaments. Une étude comparative, réalisée en 2005, par Ipsos santé pour l'Assurance maladie sur quatre pays d'Europe (Allemagne, Espagne, Pays Bas, France) montrait ainsi que dans notre pays, les consultations se terminaient neuf fois sur dix, par une ordonnance, contre un peu plus d'une fois sur deux aux Pays Bas. La dépense de médicaments par habitant en parité de pouvoir d'achat est deux fois et demie plus importante en France qu'au Danemark. Les pouvoirs publics qui voient dans cette surconsommation non seulement un danger pour la santé des Français, mais aussi l'une des causes de la faillite de notre système de soins, fustigent tour à tour les médecins, l'industrie pharmaceutique et les mauvaises habitudes de la population dans son ensemble. Existe-t-il des solutions ?[.]
Alors que plusieurs mesures ont été appliquées en 2004, baisse du taux de remboursement des médicaments homéopathiques, nouveau barème des marges des grossistes et officines, modification des Tarifs Forfaitaires de Responsabilité, élargissement du droit de substitution et entrée dans le répertoire générique de nouvelles molécules majeures, la consommation de médicaments a continué à progresser de 5.7% en valeur et de 7% en volume.[.]
Une étude de la Drees, parue en novembre 2005, montre, qu'aujourd'hui, 78% des consultations de généralistes donnent lieu à la prescription d'au moins un médicament, avec une moyenne de 2.9 médicaments par ordonnance. D'autre part, cette étude souligne que les médecins généralistes prescrivent davantage de médicaments à leurs patients réguliers et à ceux qu'ils reçoivent plus longuement, ainsi qu'aux femmes et aux personnes âgées. Moins aux hommes, aux jeunes, aux professions intermédiaires et aux cadres.[.]
Culture, habitudes, modes, pression des laboratoires et des patients, démonétisation, travers de notre système de santé et de la formation initiale des médecins.Autant de facteurs qui sont avancés pour expliquer la surconsommation médicamenteuse ne France. [.]
Pour Michel CHASSANG, président de la CSMF (Confédération des Syndicats Médicaux Français), « culturellement, en France, patients et médecins, sont persuadés qu'on ne soigne bien qu'avec des médicaments », « un véritable plébiscite pour l'industrie », selon lui, même si les problèmes liés aux interactions médicamenteuses sont de plus en plus connus et commencent à faire pencher la balance dans l'autre sens. La délivrance reste une opération ritualisée, quasi-magique, en tout cas le corollaire du paiement de l'acte et donnant un « droit au médicament au patient ». La démonétisation et la systématisation du remboursement amène aussi à une perte du réel coût du médicament.[.]
La panacée tiendrait elle alors dans l'éducation, des patients comme des médecins ? Le succès de la campagne sur les antibiotiques semble pouvoir en attester.
Pour Michel CHASSANG, cela a prouvé que » les médecins, s'ils n'étaient sont pas épaulés par une bonne médiatisation, ne pouvaient pas faire grand-chose ».
Petit à petit, il semblerait néanmoins que les mentalités évoluent. Selon l'étude Ipsos Santé/Assurance maladie, 85% des médecins français considèrent que leurs patients sont réceptifs aux mesures hygiéno-diététiques, lorsqu'ils jugent préférable de différer une prescription en proposant d'abord un changement de comportement. Par ailleurs, huit français sur dix ont déclaré avoir confiance en un médecin qui remplace certains médicaments par des conseils utiles. Est-ce la fin du règne du « tout-médicament ?».
